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C'est peu dire que les derniers Fincher étaient décevants. Machines hollywoodienne millimétrées mais sans relief, elles laissaient dubitatif quant à la présence ou non
du bonhomme derrière la caméra. Ce qui est encore plus incompréhensible que le grand écart entre le Fincher subversif et celui qui s’effaçait derrière des
œuvres totalement impersonnelle, c'est que ce changement radical de style, au lieu de questionner le spectateur sur l'avenir d'un cinéma tendant inexorablement vers l'uniformité, a convaincu ce
dernier que ces films totalement insipides étaient la marque de fabrique d'un grand réalisateur. Y a-t-il besoin de souligner encore le contresens général ou apparaît il de lui même
?
Millenium, et c'est déjà une qualité en soi, ne se range pas si
facilement qu'on le voudrait dans une case ou dans l'autre. Si l'on peut d'abord croire à un univers gothique quand on appréhende le film seulement par sa magnifique affiche, on comprend dès le
générique que le film sera habillé et habité d'une tout autre ambiance. Le travail sur la couleur noire a ceci de remarquable qu'il suffit presque à lui seul à résumer le film, son côté
métallique, froid correspondant parfaitement à la dimension rationnelle et livide du métrage. Loin des considérations affectueuses et sentimentales, toutes vouées à l'échec, Millenium dépeint la
froideur du monde moderne dans une Suède loin de la chaleureuse social-démocratie et des krisprolls croustillant. Ce qui constituait la faiblesse des récentes réalisations de Fincher, le côté
impersonnel et sans âme de The Social Network au premier rang, se traduit ici comme l'argument majeur de ce thriller moderne qui fait de l'inhumanité l'origine et les conséquences des situations
macabres qui s'enchainent.
S'il tient admirablement le rythme
sur plus de deux heures, il faudra faire abstraction des vingt dernières minutes qui, s'en être totalement bâclées, nous replongent dans l'intrigue liminaire qu'on avait fini par oublier et dont
la conclusion hâtive prouve qu'elle est plus un poids pour le film qu'une réelle conclusion. Au final, on aurait tort de bouder Millenium, ne serait ce parce que Fincher montre qu'il a encore
assez de talent pour glisser derrière une œuvre en apparence classique, quelques détours délicieusement manipulateurs.
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