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Mercredi 18 mai 3 18 /05 /Mai 21:09

Voilà bien un des films les plus attendus de l'année, pas pour moi, mitigé sur Malick en ayant vu du très bon ( La Ligne Rouge ) et de l'essoufflement ( Le Nouveau Monde ). J'allais juste voir un film et je suis assez étonné de voir l'ampleur que prend le débat entre les -non pas détracteurs, ce serait un euphémisme- défonceurs du dernier Malick et les admirateurs qui se comptent sur les doigts d'un moufle. Je pense que le fait que certains montrent autant de rejet, et d'autres autant d'admiration pour le film fait état d'une sorte de mythification du mec et de ses films, véhiculé par leur rareté, qui donne l'impression dans les joutes critiques d'un débat plus idéologique que cinématographique. Il y a bien matière à discuter du fond, Malick exposant ici clairement sa chrétienté, or ce qui apparaît à raison comme un film chrétien ne l'est pas plus que dans l'idée de confronter sans cesse le mythe avec la réalité : illusions d'hommes et de femmes qui guidés par des traditions, par une force transcendante ( la religion ), se heurtent à l'incompréhension d'une vie qui leur est enlevé. C'est en ce sens que je trouve qu'on est un peu dur avec Malick, sur le fait qu'il ait fait ou pas un film théologique. Certes il y a de ça, mais l'injustice de cette mort, ne remet elle pas en cause la bienveillance d'un tout puissant ? Brad Pitt ne dit il pas qu' "il ne faut pas être trop gentil" et parfois s'écarter des règles de vies du bon prêtre ? Autant de choses qui rendent bancal le raisonnement à partir du seul cadre religieux, trop restrictif pour une œuvre si ambitieuse, si étoffée, qui n'a de sens que dans l'expression d'une totalité parfois contradictoire mais qui se construit sur ces différences, différences qui vont parfois jusqu'à menacer la cohésion de l'ensemble, mais qui participe aussi à sa perpétuation. Le cas le plus probant est le rapport inter-générationnel ( parents/enfants ) ici mis au premier plan, vu comme la possible déchéance de l'humanité alors même qu'il est le fondement de sa perpétuation. C'est évoqué avec tant de maestria est de sensibilité qu'on ne prend pas immédiatement la mesure de la perfection de toute la partie sur la famille. Jamais un film n'avait saisi avec autant de fulgurance les conflits intérieurs sous-jacents à l'équilibre familial. Jamais la psychologie enfantine, avec ses angoisses et son innocence, n'avait été portée à l'écran avec une telle aisance.

 Finalement Malick n'a pas voulu montrer autre chose que le fossé qui sépare la conception nombriliste de l'homme avec une réalité scientifique qui tend à relativiser, voire à ridiculiser cette conception, à travers un nombre conséquents d'images évoquant la puissance de la nature, l'immensité de l'univers. Cependant il est vrai que leur compilation est parfois incohérente, additive et la puissance de l'image n'est plus employée en tant que telle mais dans une suite du type diaporama qui en altère l'essence magnifique. C'est donc davantage un film sur le rapport de l'homme avec ce qu'il entoure, et par quelles méthodes il identifie, il explique ce qui l'entoure. Comment en est on arriver à exister ? Est on l’œuvre finale, darwiniste ou un élément quelconque de l'univers ? Du film il faut arracher ces questions et en le prenant comme il vient, sans se braquer sur la lecture religieuse de façon unilatérale, on s'aperçoit que le film arrive à créer une sorte de tout, diversifié mais faisant bloc, cohérent parce qu'il est soumis au même processus d'évolution. De cette explication impossible de l'origine et de la finitude, Malick nous propose sa voie, imparfaite car humaine. Si l'articulation de la condition humaine avec la réalité incompréhensible de l'univers au moyen du divin est contestable, elle n'est ici pas imposée, mais simplement donnée comme un point de vue de l'auteur qui de toute façon à d'autre argument à faire valoir : la voie de la grâce... Ainsi il saisit l'essence des questionnements humains, des plus évidents aux plus complexes, ils ont tous pour objet de faire valoir une construction par la question et non dans la réponse.


Par BenLCDC - Publié dans : Critique
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