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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 14:16

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Le plus triste avec Shame, c'est qu'il va sans doute bénéficier malgré lui, du moins en France, de la médiatisation outrancière de l'affaire DSK. Pourtant, avec la seconde collaboration entre Steve Mc Queen (II) et Michael Fassbender, après le très bon Hunger, on est bien loin du misérable feuilleton journalistique plus pervers que son sujet. Après le corps d’un martyr (Bobby Sands) qui refuse de se nourrir pour plaider sa cause, c’est le corps d’un hyper actif sexuel qui est mis à nu (littéralement).

La grande force du film est de laisser parler les images pour ce qu'elles ont à montrer et pas à dénoncer. Shame évite tout écueil moral, et préfère au jugement sentencieux la simple constatation que tout un chacun n’est que le produit d’un monde qui n’a jamais été aussi malade, froid, sans vie (« we are not bad people, we just come from a bad place »). Brandon, interprété par un Michael Fassbender absolument époustouflant, est un abonné des coups d’un soir et du plaisir solitaire. C’est au contact de sa sœur, d’un rapport des plus humains qui soit même dans ses échecs, que Brandon face au miroir se verra, sans pouvoir rien y changer, tel qu’il est, tel qu’on on ne l’acceptera jamais, incapable d’être. Les turpitudes de son for intérieur et la lividité clinique de son appartement haut standing, résonnent comme le constat dramatique d’une société désenchantée, rationaliste où la figure déshumanisée de Brandon s’imposerait en paradigme.

En deux films seulement, Steve Mc Queen, dont on commence à discerner les composantes stylistiques, évolue vers un cinéma qui gagne en puissance visuelle ce qu'il perd en radicalité du propos. Sans tomber dans la complaisance d'un côté, ni dans la répulsion de l'autre, Shame trouve un équilibre dans le point de vue qui permet paradoxalement de saisir tout le déséquilibre qui fait le quotidien de ces êtres en dépérissement tentant de satisfaire le besoin immédiat à défaut de perspectives de vie (une carrière de chanteuse, une relation amoureuse…).

Toute sa réussite réside dans son esthétique, du son et de l’image, qui toujours signifiante amène le film vers des sommets de mise en scène. Lors de l’ouverture ou encore lors de la scène du bar, McQueen semble s’ériger contre le Temps et même en jouer, comme pour rappeler ces dérives-là ne sont pas les suites d’une mauvaise passe, mais que les pathologies faites de non-dits s’incrustent comme les pires cicatrices.

4étoiles

 

Vu dans le cadre du Festival d'Automne

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commentaires

Squizzz 11/12/2011 12:40

Mise en scène superbe, interprétation irréprochable, mais si je te rejoins sur le fait que McQueen a eu raison de ne jamais jugé et de juste constater, le film manque quand même d'enjeux
dramatiques un peu plus fouillés (les quelques pistes sont trop rapidement avortées) et ne reste finalement qu'un portrait, certes très bon, mais qui n'évite pas les moments d'ennui.

Ben 11/12/2011 14:10



Pour moi l'enjeu dramatique est l'impasse dans laquelle est Brandon, c'est simple, pas enclin à quelconques rebondissements, mais c'est très fataliste, très puissant. A la sortie du film j'étais
un peu déçu, puis finalement, en réécoutant la musique en y repensant, que cette année peu de films avaient autant fait confiance au cinéma que Shame.



Wilyrah 09/12/2011 23:53

Très bel article et de beaux arguments.

Ben 11/12/2011 14:10



Merci Wil'.



Gabriel 09/12/2011 18:00

Yeah ! Belle analyse. Comment vous faites pour mettre de la musique en lien à droite ?

Ben 09/12/2011 22:52



Cimer. Faut que t'aille à configurer, mise en page et ajouter un onglet "lien" ou un truc du genre, un onglet ou tu peux mettre ce que tu veux. Mais j'arrive pas à faire comme mymp et Tching qui
mette la pochette, j'arrive juste à mettre la vidéo...