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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 15:04

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Ultime film de Bela Tarr -dernier sorti en salle mais aussi dernier tout court- on pouvait attendre du plus célèbre réalisateur hongrois (pas dur en même temps), une conclusion digne de ce nom pour une filmographie qui n'a cessé de parler, justement, de la Fin. Le synopsis est un peu étrange, il parle du cheval que Nietzsche a enlaçé en 1889, première étape d'une folie qui le suivra dans sa tombe dix ans plus tard. Le Cheval de Turin, c'est le quotidien d'un père et de sa fille qui survivent tant bien que mal dans la Hongrie profonde, où tout annonce la fin du monde.

A Torinói Ló s'ouvre magnifiquement et se conclue admirablement, le principal problème, c'est qu'entre les deux s'écoulent plus de deux heures. On ne dira pas qu'elle sont mauvaises, on comprend très bien l'intérêt de la monotonie dans la réflexion de Bela Tarr, mais il n'en reste pas moins qu'en voulant moins marquer l'oeil et l'esprit que les soumettre à une langueur crépusculaire, le réalisateur hongrois prend le risque de mettre trop de distance entre l'image et son évocation. C'est dommage de laisser le spectateur face à ces vides cinq fois répétés, car même si Tarr varie le point de vue des banalités qu'il filme, il ne parvient guère qu'à ne changer la position de sa caméra, sans apporter de nouvelles perspectives autres que strictement visuelles.

Malgré tout, le film reste agréable à l'oeil et à l'oreille : la lancinante mélodie de Mihaly Vig, magnifique, est une nouvelle fois partie intégrante d'une idée de cinéma où le son compte autant que l'image, autant par sa présence que par son absence. Le film a quelques atouts, mais cette conclusion tarrienne (excusez l'adjectif) apparait comme un exercice trop personnel. Bien heureusement, à l'approche de la fin (du film, du monde, de la carrière de Tarr) le film devient plus essentiel, plus évident. En d'autres circonstances cette splendide conclusion aurait été une apothéose, ici, elle est parfaite pour elle même, pour ce qu'elle évoque indépendamment du film. Un silence, puis la nuit. Le crépuscule avant l'Aurore. Eternel recommencement. Qui a dit que la Fin devait être un grand fracas ? Qui a dit que la Fin était la Fin ? Surement pas Nietzsche.

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Published by Ben - dans Critique
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commentaires

Tching 22/02/2012 17:53

Ouais, bien d'accord. Cela dit, je trouve ce que j'ai mis en commentaire très bon (loul, sympa l'humilité), donc je le pique pour le coller en PS dans mon article... ;-)

Ben 05/03/2012 19:06



Ne te prives pas ! ;)



Tching 22/02/2012 12:53

Bah un peu plus aimé que toi apparemment. C'est effectivement pas complètement nietzschéen, malgré plusieurs éléments, plusieurs intuitions reprises ça et là. En tout cas, j'ai vraiment aimé le
côté épreuve du bordel, le côté extrémiste. Et puis je me demande finalement si la fin est si pessimiste, nihiliste, anti-nietzschéenne : est-ce que justement Tarr ne bloque pas toutes les issues
pour qu'on puisse mieux imaginer un nouveau départ, une nouvelle histoire, du neuf ? Ca resterait bien nietzschéen, alors (multiplication des perspectives, vie comme hypothèse qui s'est débarrassée
de toutes les lourdeurs morales). Faut pas oublier que pour Nietzsche la transmutation de toutes les valeurs ne prend effet qu'à partir du moment où la décadence, le nihilisme sont allés jusqu'au
bout d'eux-mêmes, se sont radicalisés, jusqu'à un renversement, comme à un sommet, ou un gouffre... Bref...

Ben 22/02/2012 17:05



Hum, très intéressant. En effet, l'idée de faire table rase en poussant à l'extrème le nihilisme rejoindrait Nietzsche. Je pense que le film avant d'être sujet à interprétation pour ce qu'il
montre, est sujet à réflexion par ce qu'il est, sa forme, son style très épuré sont autant d'éléments ésotériques, parfois c'en devient un peu lourd...



pierreAfeu 19/12/2011 13:48

Le cheval de Turin est pour moi une véritable découverte du cinéma de Bela Tarr, Mymp n'y étant pas pour rien d'ailleurs... Du reste je le rejoins totalement sur le côté hypnotique du film. Ici
longueur et répétition sont à la fois torturantes et enivrantes, curieux mélange sans doute, mais ce temps qu'on ne mesure plus, qui s'étire tout en se resserrant ne donne sa mesure que dans la
durée d'un film-performance dont on sort groggy, pas vraiment sûr de vouloir renouveler l'expérience, mais plutôt heureux de l'avoir vécue...

Wilyrah 05/12/2011 14:37

Bien trop austère pour que je m'y aventure. Malgré le bien qu'on en dit. Je sais, c'est mal.

Ben 07/12/2011 11:29



C'e



mymp 04/12/2011 13:52

Mais c'est justement ça qui est génial dans le film, c'est qu'on perd toute notion du temps, avec des effets soient bénéfiques (on est hypnotisé) soient négatifs (on s'emmerde) pour le spectateur.
Un tel cinéma demande de toute façon beaucoup d'ouverture (d'esprit et même physique), et il est évident qu'on peut le trouver vieillot et extrêmement élitiste, complètement extérieur aux
personnages, à leur essence et à leur univers que Tarr s'échine à imposer avec ses plans-séquences étirés à l'infini. On est en tout cas d'accord sur la séquence d'ouverture (juste sublime) et la
fin.

Pour Satantango, je te rejoins quelque peu : sur 7h de film, il y a forcément du remplissage pour rien, des scènes inutiles et tirées jusqu'à la limite pour pas grand-chose. 4h aurait, à mon sens,
largement suffit. Mais bon, quand tu vois la scène d'ouverture, celle de la petite fille avec le chat ou le fameux tango qui n'en finit pas, on ferme sa gueule et on admire ! Les Harmonies
Werckmeister reste aussi mon préféré, avec Le cheval de Turin donc.

Ben 04/12/2011 14:23



Je me suis sans doute mal exprimé, mais je le trouve par contre absolument pas vieillot, j'irais même jusqu'à penser que c'est une forme de modernité, mais trop confiante en son "signifiant".
Aussi, le fait d'aller jusqu'au bout de son style en montre aussi selon moi les limites, c'est unee prise de risque pour sa conclusion c'est louable, mais ça passe ou ça casse.


 


Pour satantango, 4h aurait suffit largement, puis l'idée générale du film m'échappe un peu, je l'ai parfois trouvé vain.



Zic-mu


 

 

 
 

 

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