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The Grey, contre toutes attentes — et sans doute aussi parce qu'il ne le fait pas vraiment exprès — s'avère ne pas être un si mauvais film que ça. Scénario vu et
revu, à la limite de la décence, on aurait tous les arguments pour tuer le film dans l’œuf, et on s’en serait donné à cœur joie s’il n’y avait pas cette modestie, ou cette apparence de
modestie, ce côté fauché et carton-pâte qui fait qu’on le prend difficilement au sérieux.
Le Territoire des Loups ne prétend aucunement réinventer le survival et encore moins lui (re)donner ses lettres de noblesse, encore aurait-il fallu qu'il en ait les
moyens... Il y a quelque chose d’à la fois ridicule et touchant dans ce film, d'une part parce qu'il est grossier comme pas deux, qu'il nous fait un coup digne du Pacte des Loups niveau
numérique, mais d'un autre côté son envie permanente de passer outre ces abominables effets, cette rage d'exister a quelque chose de puissant, primaire et élémentaire. N'allons pas plus loin, il
ne s'agit en aucun cas d'un chef d'œuvre, et sans doute n'est ce même pas un bon film, mais osons défendre l'indéfendable, allons chercher les arguments enfouis sous 3 mètres de neige et au moins
autant de chair déchiquetée. Ses réflexions restent basiques, entre fuite d'un pragmatisme nécessaire et existentialisme bon marché, on n’échappe pas
au pathos minimal, à ceci près que Carnahan semble vouloir s'en servir à contre-emploi, sadiquement, comme l'illusion d'un échappatoire inaccessible.
Si le film est globalement maladroit, s’il ne ménage absolument pas ses effets, abuse de son grattage de cordes sensibles, son côté emprunté et bulldozer fait qu’il se permet des transitions
entre les scènes et entre les genres — de la psychologie à la boucherie — si peu orthodoxes qu’elles en deviennent jouissives, presque comiques. Aussi sa manière très ostentatoire de contourner
les pièges narratifs qui se trouvait devant lui, du genre « Quand Liam en appelle à Dieu, la montre-radar aurait pu sonner, mais on le fait pas vous avez vu, on le fait pas, on vaut mieux que ça,
on va faire mieux que ça », ajoute encore à ce côté gamin qui est content de son dessin de bonhomme patate moins patate que son copain de sieste.
Difficile de savoir si sa touche kitch émane d'une volonté caustique du réalisateur, ou s'il a cru deux minutes à son film, il n'en reste pas moins que Carnahan a
tellement envie de faire son cinéma — jusqu’en devenir poussif — qu’il nous embarque quasiment de force dans son trip mi-brutal, mi-contemplatif (disons quand même 2/3 brutal).
Au-delà de ses dehors racoleurs et barbares, The Grey a au moins le mérite de ne pas se donner le poids supplémentaire du complexe d’infériorité, et à ce
niveau-là, c’est déjà ça de pris.
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