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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 20:36

Difficile d'imaginer Boyle et son cinéma hyperactif s'attaquer à l'histoire d'un mec coincé en pleine réserve naturelle. Et pourtant si. Et le pire, c'est que son style ne s'en trouve nullement changé, d'autant plus que le réalisateur anglais ne triche pas en montant une intrigue parallèle de second ordre, avec de potentielles recherches de l'individu ou tout autres escapades extérieures à l'aventure d'Aron. Non pendant 1h30 le spectateur suivra, sera Aron et rien d'autre. Marque de courage, certes, mais il s'agit d'en assumer la difficulté en ne fuyant pas le sujet. Et c'est là la principale réussite de Boyle, malgré l'immobilité du personnage, sa caméra elle est paradoxalement toujours en mouvement, elle donne un rythme dynamique confirmé par la variation sonore et musicale, qui confèrent au film un aspect clippé parfois jusqu'à l'extrême ( pub pour sodas ) mais qui correspond à l'image que souhaite donner Danny Boyle à son film. Car il y a eu beaucoup de médire sur la possible corruption de Boyle en un parfait petit consommateur américain. Rectification(s).
  Si le côté publicitaire est frappant il ne faut pas le prendre comme une ode au modèle américain, au contraire Boyle s'en sert pour nous montrer jusqu'où ces publicités finissent par nous prendre et jusqu'où elles nous suivent : au plus profond d'une crevasse, ce sont ces images alléchantes qui parviennent en premier à l'esprit de cet homme, en quelques sortes prisonnier de ce monde marchand. Sans aller jusqu'à dire que le caillou sphérique représente tout le poids du monde capitaliste qui nous écrase, non je ne le ferai pas, et Boyle lui même ne va pas quand même jusqu'à une métaphore aussi grotesque ( quoique ), on peut quand même dire que c'est plus une ironie envers un modèle ultra-consumériste que la totale approbation du réalisateur envers cette société là.
  Il y a tout de même un gros travail sur l'esprit, sur la condition de l'homme qui dépasse le cadre de la dépendance publicitaire. Si on ne peut déterminer précisément si la motivation de Boyle, par sa mise en scène viscérale, est celle qui consiste à montrer la petitesse de l'homme face à la nature ou celle d'un moment de réflexion forcé sur la vie, on peut tout de même remarquer que la multiplicité des hypothèses prouvent en soi une certaine richesse du film, un de ses atouts, bien que, on va le voir, l'exploitation de piste philosophique peut s'avérer chose incongrue, voire aberrante dans un film typé hollywood ( si, quand même). On peut quand même aller dans le sens de l'homme face à la nature, à voir comment Boyle a merveilleusement retourné la métaphore de la fourmi contre l'Homme, cette fourmi qui dans le jargon populaire désigne toute entité inférieure à l'homme, qui ici prend une espèce vengeance au nom de la nature lors de quelques plans assez drôles où l'insecte joue avec les nerfs d'Aron; ou encore nombres de scènes qui attestent de la supériorité de la Terre mère face à cet humain important dans le monde des hommes ( ingénieur le mec ! ), mais rien d'autre qu'une petite fourmi que même le corbeau ponctuel ne voit pas ! Mais de telles interprétations ne peuvent se vérifier d'elles mêmes, néanmoins il y a dans 127 heures une évidence, celle que Boyle va à un moment ou à un autre, jouer sur l'esprit d'Aron pour s'affranchir des limites physiques imposées par l'histoire vraie. Le seul moyen d'échapper à l'immobilisme du corps, c'est la mobilité de l'esprit sur laquelle 127 heures s'appuie souvent, parfois peut être un peu trop pour prêter un intérêt au film autre que celui d'une méthode de survie, finalement peu intéressante dès lors qu'on le sait, le maître Bear Grylls, nous a déjà tout appris (...) Mais ce déballage d'imaginaire, dans l'esprit du bonhomme, ce travail presque psychanalytique ( mon passé a fait de moi ce que je suis ... ) aventure le film sur un terrain glissant où il est facile de tomber dans un espèce de sentimentalisme gentillet et une morale simpliste, à laquelle Boyle n'échappe pas. Cette fin moralisatrice rompt totalement avec la matière du film, plus déconneuse, plus américaine qui avait su par son énergie nous confondre un temps avec Aron grâce à un James Franco étonnant de diversité dramaturgique, et nous couper le bras comme si sa douleur était la notre.

  127 heures s'épuise et retombe alors dans une forme de conte, voulant apporter des interrogations, mais qui s'entrave en tentant d'imposer ses impératifs moraux comme vérité universelle sous le label complaisant de true story. C'est à l'image de ce Boyle leurré par une confiance aveugle en lui même qui pense plier
la machine hollywoodienne à sa propre manière de faire, à son cinéma, mais qui en a malheureusement à son tour subit le formatage intellectuel. En espérant te retrouver Danny, 28 mois plus tard...


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Published by BenLCDC - dans Critique
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commentaires

giochi gratis 12/03/2011 10:19

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copa738 08/03/2011 18:49

J'ai le même avis que toi, mais je rajouterai une étoile de plus. Vu que je n'ai pas vu le temps passé. Par contre, je pense que globalement, le film tourne autour de la scène del'auto-amputation, point culminant du film qui se fabrique par toute l'ambiance créée par Boyle.

Wilyrah 08/03/2011 14:26

Ce film ne m'a vraiment pas convaincu. Je l'ai trouvé maniéré, atrocement vide et artificiel.

neil 08/03/2011 12:19

Je suis assez d'accord avec ton analyse : si Boyle utilise la mise en scène clippesque c'est ici pour dénoncer la superficialité du personnage et de son environnement. Dangereuse approche, mais intéressante.

Ben 07/03/2011 15:24

La tache de lait, me voilà bien tenté. Je vais essayer de trouver quelqu'un capable de me faire une bannière moins ignoble que celle là !
Sinon le proxénétisme ça rapporte ? J'ai besoin de sous pour payer les gens que je force à visiter ce blog ;)

Zic-mu


 

 

 
 

 

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