Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 23:55

Drive-copie-1.png

Pourquoi est ce si difficile de parler de Drive ? Serait ce parce qu'il épure si bien sa trame qu'il est difficile de parler d'autre chose que de ce sentiment de connexion ultime entre l'écran et le spectateur, ce moment de cinéma absolu, purement sensoriel, loin de toute réflexivité ? Après un séjour inspiré et inspirant en prison ( Bronson ), puis une épopée hypnotique en terre viking ( Valhalla Rising ), le prodige danois Nicolas Winding Refn nous propulse à toute vitesse à travers Los Angeles. On marche roule sur les traces de grands noms déjà passés par là, Michael Mann et son somptueux Collateral en tête, mis à part que Ryan Gosling sait conduire tout seul, pas comme le petit Tom Cruise qui a besoin d'un chauffeur... Blague à part, Drive va bien au delà de ces références, il les évoque sans jamais ne se satisfaire que d'elles (pas comme d'autres). Dès la séquence d'introduction on prend la mesure de la maîtrise de Refn, montage exemplaire, tension, hyper réalisme, on est suspendu à l'écran comme (trop) rarement dans une salle de cinéma.

 

Drive c'est l'appropriation d'un cinéma qu'on croyait livré à jamais au bousin bourrin des Seagal et autres Lundgren, et qui pourtant s'adonne là à un exercice de style d'une exigence d'autant plus remarquable qu'elle joue sur le terrain d'un genre cinématographique peu habitué à tant de maestria. Si l'image est léchée et fluide à la James Gray, sa puissance n'appartient qu'à son réalisateur, seul aujourd'hui à associer si bien la plus primitive des violences à l'élégance paradoxale de l'image. Refn, en jouant du saccage des contrastes, de leur effet oppressant, renvoie Tarantino à l'école. Il prend toujours des paris risqués, dire que ces précédentes réalisations sont peu accessibles est un euphémisme murmuré avec les deux mains couvrants la bouche. Et pourtant ils se sont imposés comme une renaissance d'un cinéma d'auteur qui joue habilement des codes, des références et finalement de lui même, portant en lui les germes d'une nouvelle définition de l'objet cinématographique, quelque part entre l'expérience des sens et le travail du sens.

 

 

Saisissant le cinéma en son coeur, Nicolas Winding Refn s'approprie les mythes fondateurs, du western au road trip, les intégrants à sa réflexion entamée avec la trilogie Pusher sur l'immanence de la violence humaine. Allant même jusqu'à la refondation du héros et de son rôle, Refn prend le spectateur à contre pied et joue de la prétendue simplicité de son scénario pour que le film ne puisse se lire qu'à travers ce driver totalement illisible en tant que "héros". Autour de son impassibilité s'échafaudent les variations brutales de température et d'ambiance (scène de l'ascenseur) qui constituent l' empreinte d'un cinéaste qui aura préféré la pureté à la densité. Maîtrise formelle qui s'avère plus pernicieuse en sous-couche, virages en épingle qui font effet et sens, Drive ce n'est rien que du cinéma mais c'est là tout le cinéma.

5etoiles.png

 

Nicolas Winding Refn sur Lait Caillé du Cinéma : Bronson, Valhalla Rising

& Ryan Gosling sur Lait Caillé du Cinéma : Blue Valentine ( honteusement passé inaperçu )

Partager cet article

Repost 0
Published by BenLCDC - dans Critique
commenter cet article

commentaires

julien77140 17/01/2012 13:04

Superbe critique! Je te rejoins totalement: Nicolas Winding Refn, plus que de contribuer à un genre, le réinvente totalement. A partir de rien, Refn crée une expérience intense, qui exploite à fond
toutes les possibilités de mise en scène: bref, DRIVE, c'est du caviar cinématographique...

Ben 20/01/2012 14:10



Merci bien. Oui voilà il faut pas le prendre pour ce qu'il n'est pas, c'est avant tout un excercice de style, et il est réussi en ce sens, l'intrigue n'est pas si importante.



Félix 23/11/2011 20:36

Chouette article !

Je t'invite à lire notre critique POUR/CONTRE ici : http://ilaose.blogspot.com/2011/11/drive.html
Je serais curieux de savoir ce que tu penses des deux avis que l'on a exprimés sur notre blog. :)

Jérémy 31/10/2011 22:34


Une vraie réussite esthétique, je suis d'accord.
Dans sa précision et son obsession, la mise en scène éblouit un scénario pourtant sans surprises. Du divertissement de haute qualité !
Je te conseille les films danois de Refn s'ils te sont inconnus. De 'Bleeder' et la trilogie 'Pusher', aux films anglais que tu cites, l'évolution du cinéaste est saisissante.


Ben 16/11/2011 21:20



Pusher je n'ai vu que le premier qui a été une petite déception même si j'ai apprécié, je m'attendais à un chef d'oeuvre.
Pour Drive le fait que le scénario soit sans surprise permet de prendre le parti pris du pouvoir absolu de la forme, de l'esthétique. C'est assez grandiose de voir un film se construire comme un
si bon assemblage audiovisuel, presque trop parfait. Vraiment j'ai adoré, un des meilleurs films cette année.



copa738 16/10/2011 19:16


Le film partage, et divise les partis. Moi, j'ai clairement choisi mon camp.
Sans être la "tuerie" prévue, Drive est tout bonnement un film maîtrisé de la première à la dernière seconde. De la BO à la réalisation (la Palme de la mise en scène est méritée un million de fois
!), tout semble parfait. Reste quelques lenteurs et un scénario qui s'essoufle par moments.
Il en reste du moins un film fascinant, porté par l'énigmatique Ryan Gosling, réincarnation de la rage placide, qui n'est pas sans rappeler Mad Max..


Ben 17/10/2011 11:52



Je ne vois pas trop les lenteurs et essoufflements auxquels tu fais référence. Le film est essentiellement lent, polissé, c'est un rythme d'ensemble pourvu aussi de quelques accélérations aussi,
mais c'est sa lenteur magnifique qui fait sa force et qui l'oppose aux blockbusters qui croient faire de la vitesse là où ils font de la précipitation.


Bon après on est d'accord, c'est un gros gros film, pour moi c'est la tuerie annoncée, j'en attendais tellement que j'avais 90% de chance d'être déçu, eh ben non.


J'ai pas vu Mad Max, faudra que je planche sur ça.



Squizzz 16/10/2011 14:30


"Drive" c'est tout simplement une vrai leçon de cinoche. Comment transformer un film de commande au scénario basique, en un monument absolument jouissif de cinéma, grâce à une mise en scène d'un
très grande intelligence. Brillant !


BenLCDC 16/10/2011 14:55



Je crois que tu as tout dit.



Zic-mu


 

 

 
 

 

Recherche