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Balada triste est un film qui fait davantage dans la répulsion que dans la séduction, l'imagerie du cirque, et
donc du clown, est telle que pourrait la décrire un enfant qui se réveille d'un cauchemar en sursaut. Poisseux, narquois, imprévisible le film est un immense piège qui travaille la
résistance, bien sur en premier lieu et de façon métaphorique celle du passé douloureux de lEspagne, mais la résistance au sens général, celle des hommes face à la passion qui les embrase, à un
désir irrépressible de réhabiliter une mémoire qui semble s'enfuir avec le temps. Emporté et sauvage, le film avance au gré des humeurs, des colères, des envies, il se laisse portée par sa propre
fureur et se construit par poussée de fièvres interposées. Toutefois tout semble faire cohésion, se tenir dans une idée, qui bien que complètement marginale, ne
souffre d'aucun écart, ou en fait s'édifie sur ses nombreux écarts et donc ne tombe jamais dans la banalité. Difficile à comprendre sans être plongé dans ce chaos sans nom. Peut être l'axe
principal, celui par lequel on peut comprendre l'esprit du film, est celui de la monstruosité. Paradigme d'un film qui semble habité de toutes les folies, il
montre qu'on peut tout à la fois lire l'évolution du personnage du clown triste comme une déchéance, ce qui semble logique, mais à y voir de plus clair, De la Iglesia ne ferme pas la porte à la
lecture nietzschéenne du film, appelons ça comme ça, celle d'un assouvissement jusqu'au-boutiste de la passion où une décrépitude se transforme à un accomplissement titanesque d'une destinée
acquise à coup de poignard. Balada triste a l'audace de délaisser son scénario plutôt simple aux instincts meurtrier de ses personnages,
privilégier la démesure quitte à repousser, à choquer. Chacun se fera son avis, mais le film est pour moi une grande et belle surprise en 2011, un travail
somptueux, inhumain ou trop humain (?), écorché, noir jusque dans son humour assassin où l'humour côtoie la mort. Une dualité symbolisée par le duel de clowns et qui finit par une scène à tomber
par terre, juste un regard, comme dans un miroir brisé, monstrueux, dans tous les sens du terme.
@ Neil : c'est tout à fait ça, quoique je trouve que de la Iglesia a l'intelligence de laisser la métaphore politique s'effacer devant la puissance artistique.